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Weirdo or not Weirdo

Weirdo or not Weirdo

Je n'ai pas eu le temps d'écrire sur Radiohead. J'étais perdue dans un tourbillon de fiches et de lectures, menée par une obsession chronophage de l'actualité qu'on appelle « concours de journalisme».

Quoi de mieux que de coucher ses impressions tièdes d'un concert que la mémoire et le souvenir ont déjà travaillé depuis 1 mois ?

Il y a donc un mois tout pile, Radiohead donnait deux dates au Zénith, à Paris.

L'attente est immense, comme tu peux t'en douter. Pour moi, Radiohead, c'est la force tranquille. C'est le groupe qui traverse les époques sans être taxé de compromission, sans que les rageux en parlent avec dédain à grand renfort de « c'était mieux avant ». On l'aime bien Pablo Honey, il nous rappelle notre adolescence un peu destroy et pas trop équilibrée. Mais on ne peut pas dire que ce soit le meilleur de leurs albums. On ne classe pas. Tout simplement parce qu'il n'y a pas le Radiohead du début et le Radiohead de maintenant. Il y a cette entité, ces 4 musiciens discrets menés par un petit bonhomme aux dents tordues qui bouge comme personne.

J'ai fait la sourde-oreille. Je n'ai pas voulu connaître la setlist du concert du 23. Sans trop de raison valable d'ailleurs, sinon que j'avais peur d'avoir loupé Creep. Tout en sachant que c'est impossiiiiiiible qu'ils la fassent, ils la détestent et ne l'ont pas joué depuis des lustres.

La foule encore calme est assise dans la fosse et discute en buvant des pintes à 10 euros. Pourquoi avoir besoin de boire/fumer ? Je demanderai un jour à quelqu'un.

Tout ça pour dire que les fidèles du groupe anglais n'ont pas tardé à me mettre le moral à zéro. Ils ont joué Creep. Ils l'ont faite. Hier soir. Si. Une bande bavarde en parlant du concert de la vieille. Comme quoi la setlist était géniale, inespérée, surprenante.

Dans ma tête c'est un mélange de déception et d'excitation extrême. Je sais bien que les groupes ne rejouent pas les mêmes titres d'un soir à un autre, exceptés les titres du nouvel album. Mais bon, on ne sait jamais.

Je ne parlerai pas de la première partie. C'était creux, ça donnait la migraine, la nausée et ça ne sonnait pas. En gros, si vous avez envie d'entendre une musique totalement décousue, interprétée par des ordinateurs, contrôlés par 3 personnes (un possédé dansant avec une led rouge dans la bouche, une fille banale et un autre gusse tapant des messages projetés en grand écran pour nous saluer), si vous aimez les images 3D très mal dessinées de guitare qui vole, de construction ou de téléphone des années 70, ce groupe est fait pour vous. (Holly Herndon)

Ouf, les ultimes arrivent. Ce sont des dieux en fait. Ils sont tellement partout dans notre imaginaire que l'on est presque surpris de les voir marcher, et respirer.

Les musiciens prennent place sur la scène. La position est symétrique, parfaite. C'est un échiquier géant. Thom est l'axe de symétrie. Les deux batteries sont placées comme deux tours de chaque côté. Les batteurs sont toujours aussi calmes, et toujours aussi chauves.

Thom est beau. On dirait qu'il devient de plus en plus beau avec le temps. On dirait qu'il n'a jamais été aussi sexy qu'à 47 ans. Pour nous, il avait choisi une chemise blanche, un gilet noir, et la queue de cheval, poivre et sel, la part d'androgynie nécessaire à la sensualité.

Jonny est, quant à lui, toujours Jonny, trafiquant des boutons à ses pieds, faisant danser sa mèche au dessus de sa telecaster.

La lumière est minutieusement travaillée. En 2012, des carrés inclinés étaient suspendus du plafond de Bercy. On y voyaient des morceaux de visages des musiciens, des pixels orangés. Cette année, Radiohead a fait dans la verticalité, avec des tubes lumineux et 6 rectangles suspendus au plafonds pour chaque membre du groupe. (cela rappelle la belle mise en scène pour la tournée de 2009).

On savoure les morceaux nouveaux de A Moon Shaped Pool, et on se délecte des incontournables. L'incontournable Everything In Its Right Place, l'incontournable danse de Thom sur Idioteque. Ce moment où Jonny enclenche la machine, où tout tourne, surtout la nuque de Thom. Le public est survolté. Plus le temps passe, plus on est absorbés dans le monde parallèle qu'ils créent.

2+2=5 fait l'effet d'une bombe (pas jouée depuis 2009...), tout comme Airbag ou There There.

Vint l'heure du deuxième rappel. Dernière chance pour moi et mon vieux rêve de gamine de crier «I'm a weirdoooooo ». Dans mon cœur, j'essaie de me convaincre. Ils ne la feront pas, mais ce n'est pas grave, au fond, ce n'est pas objectivement la plus incroyable de leurs chansons. Et puis, s'ils ne la font pas, cela fait perdurer le mystère, cela gardera en moi le désir de l'entendre un jour. Et tant pis s'il faut que j'attende d'avoir 40 ans. Et puis d'ailleurs, pourquoi cette obsession pour Creep ? Surement parce qu'elle me rappelle mes années lycées, mon moniteur d'auto-école dégoutant qui la mettait à fond dans la 207 sur les baies de Nouméa, mes premières amoures, mes nuits noires à l'écouter en boucle en essayant de pleurer (ne pas y parvenir, finir par s'endormir). Creep, c'est un clip en animation qui m'a touchée, c'est la reprise de Prince à Coachella, c'est ce cri déchirant que Thom n'arrache plus, maintenant.

Le suspens est retombé, ce sera Bodysnatchers et Karma Police. On ne se plaint pas. On ravale la déception et on crie. « For a minute there, I lost myself »

Weirdo or not Weirdo
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Louise


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