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Mon David

Mon David

Je devais avoir douze ans lorsque l’on s’est rencontrés. Dans la petite Opel Corsa de ma mère, lors d'un de nos innombrables trajets au conservatoire de musique. La radio branchée sur Nostalgie crachotait quelque ballade mièvre lorsque les premiers accords de Life On Mars m’ont interpellée. J’écoutais souvent d’une oreille distraite, le regard perdu dans la vitre, heureuse d’en avoir fini avec mon cours de solfège. Mais lorsque que quelque chose parvenait à me déconcentrer, je demandais à ma mère le nom de l’artiste et me précipitais sur Internet pour réécouter le morceau à peine rentrée à la maison. Ce fut le cas pour toi.

Les images de Life On Mars sont toujours imprimées dans ma rétine. Je me revois, déroutée, devant le clip sur YouTube, ne comprenant pas si tu étais une femme ou un homme, si tu t’étais déguisé, si tu avais des lentilles. Life On Mars est rapidement devenu mon tube. J’aimais surtout le début du deuxième couplet, c’est un retour au calme mais la batterie ajoute quelque chose de grave et de fatal.

Nos rencontres suivantes furent toutes, à leur manière, aussi singulières.

J’ai fait la connaissance de Major Tom, lors d’un après-midi DVD avec deux folles qui me servaient d’amies à l’époque. Le film C.R.A.Z.Y était au programme. Arriva la scène où Marc-Andé Grondin se met dans ta peau. La claque.

Pas encore adulte, plus tout à fait naïve, au moment critique de l’existence, Space Oddity devint l’hymne de mon errance sentimentale. Dès lors, j’ai su que je ne pourrai pas continuer sans toi.

J’achète mon premier CD : The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Rien que ça. Bande-son de mes années lycée, Moonage Daydream se classe numéro 1 dans la liste de mes obsessions musicales du moment. ‘Faut dire qu’à ce moment-là, j’aurais bien crié que j’étais un alligator. J’aurais bien été une rock’n’rollin bitch pour quelqu’un.

A l’heure de la première voiture et des premiers kilomètres les cheveux dans le vent, seule, la fenêtre ouverte, la nuit de préférence, je criais FIVE YEARS à qui voulait l’entendre dans les rues.

A 18 ans, trop orgueilleuse pour avouer l’avoir trouvé au rayon homme chez Zara, trop fière de t’afficher, je me pavanais comme un garçon avec mon tee-shirt Aladdin Sane devant beaucoup de profanes, qui devaient bien se demander qui était cette fille à la coupe étrange sur mon torse.

Mon David

Tu étais avec moi le soir, dans ma chambre, quand je m’allongeais sur mon lit dans le noir et que tout me semblait injuste. En boucle : Heroes. Je n’attendais que le moment où tu passais en voix de poitrine dans les aigus à la fin du morceau. J’avais l’impression d’être aussi torturée que toi.

Tu étais avec moi et mes chaussures rouges lorsque je me trémoussais sur Let’s Dance, China Girl, Ashes to Ashes.

Lors de mes douces années de buchâge intensif en classe préparatoire, j’étais un peu Major Tom. Can you hear me ? Tu me lançais des appels. Tu voyais bien que j’étais à la dérive. Tu étais là pour mes coups de blues et mes nuits sans sommeil. Et même s’il n’était pas très réussi, qu’est ce que j’avais aimé me peindre ton éclair sur le visage le jour de la photo de classe. J’étais fière comme un bar tabac.

Mon Bowie, je me rappelle t’avoir dévoré des yeux avec une autre fanatique, devant Furyo. Ta superbe tête émergeant du sol lorsque le reste de ton corps est enterré. Ta voix profonde et chaude. Ton regard, ta posture, ta démarche. Ta classe.

Mon David

Et puis il y a eu les routes de Chicago. Mon père au volant d'une voiture de location. Nous écoutions la radio locale et j’ai entendu Young Americans pour la première fois. Ca chantait à tue-tête dans la voiture. C’est un autre toi, plus soul, plus festif et dansant.

Il y a eu Andy Warhol par la compagnie de Découflé à la Philharmonie en 2015. Il y a eu Modern Love, grâce au film Frances Ha.

Je ne t’ai jamais vu, et pourtant, tu me manques comme si tu avais toujours été avec moi. Comme un frère. Comme un ami. Parce que tu étais là, dans les moments où l’émotion déborde, les moments où les souvenirs s’impriment.

On va continuer à se croiser, j’en suis sûre.

D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, Ziggy played guitar, et j’avais la tête posée sur ses jambes croisées.

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