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Luchini

Luchini

Théâtre des Mathurins, lundi 30 novembre 2015.

J’ai acheté une place seulement. C'était presque un rendez-vous amoureux.

Entre lui et moi, c’est un coup de foudre qui m’est arrivé toute seule, alors que j’errais sur le web il y a quelques mois. J’avais cette semaine-là passé des heures à regarder toutes les vidéos qui existaient de lui sur Youtube. J’étais sous le charme. De la verve, du regard, de la voix.

Sur scène, l’homme est toujours aussi impeccable. Perché tout en haut du théâtre je ne vois pas bien les traits mais la voix porte, une voix claire et majestueuse. Fabrice s’assoit sur un fauteuil, et commence.

Le public ne mouche pas. On ne comprend pas tout, mais on s’accroche. C’est au bout d’une quinzaine de minutes que le spectacle prend vie. Fabrice ôte sa veste en cuir, remonte ses manches de chemises et se détend. On sent que tout est rodé.

Je pensais qu’il y allait avoir d’avantage de poèmes lus. Très peu finalement. Mais l’artiste s’attarde longuement sur chacun. Sur une phrase, sur un vers. Le bateau ivre dure longtemps. Il le dit plusieurs fois. La poésie est belle, mais c’est l’homme qui est beau. L’homme qui lit avec la même jouissance que sur toutes les vidéos que j’ai pu voir. Sûr qu’il lit avec la même délectation tous les soirs.

Peu à peu, les spectateurs entrent dans l’univers luchinien. L’acteur interpelle le public à de nombreuses reprises. Il le charrie. Il charrie l’homme qui a été traîné par sa femme et qui ne comprend rien au spectacle, la femme qui tousse, les intellos, François Hollande, la Gauche, Fleur Pellerin, Jospin…

Si toi aussi tu connais le personnage et que tu as écumé ses interventions télévisées, tu sais déjà tout ça. Tu sais toutes les blagues, les imitations de Johnny, sa dent contre la gauche, sa fierté pour l’argent gagné, son passé de coiffeur, sa rencontre avec Rohmer, sa maison à l’île de Ré. Tu sais tout mais tu te réjouis quand même, et tu ris.

Qu’est-ce qu’on rit. Entre deux rires, il y a les génies : Rimbaud, Proust, Valéry, La Fontaine. Le tout savamment dosé pour que les deux heures ne se fassent jamais ressentir. Et tout est avoué par l’acteur, qui gigote, qui joue avec ses mains, qui enlève et remet sa montre de façon maniaque. C’est un sensible qui fait le show.

Sous ses airs bcbg, il part dans le trivial et le grossier, il fait du verlan sur La Fontaine. Il bouscule le public qui me paraissait en arrivant, somme toute assez coincé.

Le magique chez Luchini, c’est sa formidable agilité. Il manie avec brillo la prose, le vers, l’improvisation, et les enchaîne avec tant d’adresse qu’on ne les distingue plus les uns des autres. Tous les mots sont sensuels. Même ses insultes sont élégantes.

Et quand la lumière se rallume, j'entends derrière moi ces mots : « Mais il est de gauche ? Il a un discours incohérent. »

J’ai souri.

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Louise


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