Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Charlie

Le réveille sonne. C’est une petite musique dans les aigus. Ca fait 10 ans que Fred a la même sonnerie intégrée à son vieux Nokia. Ca sonne un peu antillais, elle le réveille en douceur. De toute façon Fred a le sommeil léger et ne s’éternise jamais dans son lit. Il est du matin. Sa femme dort encore, elle émet un léger gémissement lorsque la musique retentit puis se tourne vers le mur, en roulant la couette entre ses jambes. Fred lui dépose un baiser sur les cheveux et met ses pantoufles.

Bob se faufile dans ses jambes et miaule pour manger. Fred commence donc sa journée par nourrir son chat. Qui n’a toujours pas compris depuis 10 ans qu’il faut patienter 5 secondes avant d’enfouir sa gueule dans le bol à croquettes. Fred est trop endormi pour en être irrité. Il allume France Inter, et fait chauffer de l’eau. Les mêmes ronrons tous les matins. Fred est rêveur sur sa chaise. Les jambes croisées, la main gauche occupée à remuer le sucre dans son thé, la main droite supporte le poids de sa tête lourde de pensées.

Il choisit une chemise bleu turquoise, ce sera une bonne journée. Bob digère déjà paisiblement son repas sur le plaid du canapé du salon. Il doit rêver qu’il gambade dans les près, ses petites pattes remuent nerveusement et ses moustaches s’affolent. En passant dans le couloir pour aller à la salle de bain, Fred aperçoit sa femme dans l’embrasure de la porte de la chambre, toujours immobile et enroulée dans le tissu chaud. Fred aime être le seul réveillé. Comme s’il protégeait son petit monde. Il foule le jonc de mer pieds nus, se balade dans l’appartement calmement, sa tasse de jasmin à la main.

Ce n’est qu’après avoir redéposé un baiser sur les cheveux de Nora que Fred sort du cocon. Il emporte sa sacoche en cuir, le Monde et une pomme. C’est décidemment une bonne journée : il fait beau à Paris. Le soleil l’éblouit presque. Il enfourche son vélo. Fred a toujours fait du vélo. C’est une bonne manière de remplacer le sport qu’il n’a jamais fait.

Sur le chemin, Fred pense à la journée qui l’attend. Une réunion de comité de rédaction, un déjeuner avec son ami Louis. Et puis un travail de caricature pour la une du prochain numéro. Ils vont fêter l’anniversaire de Marie au bureau. Du coup Fred a amené des oreillettes. C’est un cadeau pour lui aussi… Cette idée le fait sourire sur son vélo alors qu’il attend à un feu rouge.

La réunion prend la forme d’une discussion joviale sur les cinquante ans de Marie. On s’éloigne du sujet et puis on y revient. Le tout accompagné d’oreillettes. Fred lui récite un petit poème qu’il a appris ce matin dans un recueil d’Hugo. Il aime réciter, derrière ses lunettes rondes, ses yeux racontent bien.

Mais, c’était une autre journée qui l’attendait. Dix secondes plus tard, Fred gît sur le sol. La bouche ouverte contre le tapis vert. Sa chemise bleue est constellée de gouttelettes rouges.

L’extraordinaire a surgit, armé de kalachnikov, habillé de noir. Ca n’a pris que quelques secondes.

Fred ne rentrera pas chez lui. Il ne prendra pas de café avec Nora, elle ne lui racontera pas son rendez-vous avec son éditrice. L’antivol restera sur le vélo, sa brosse à dents ne sera plus jamais mouillée.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Louise


Voir le profil de Louise sur le portail Overblog

Commenter cet article